samedi, octobre 29, 2005

Yunnan : "au Sud des nuages"

Emei Shan est la plus haute des montagnes sacrees de Chine. Les bouddhistes, et les touristes, grimpent au sommet pour admirer le lever de soleil. Nous avons pris deux jours pour faire l'ascencion. La nuit passee dans un monastere fut courte, car a cinq heures du matin, les prieres des moines nous ont reveilles en douceur.
En chemin, il n'est pas rare de croiser de petits singes malins. Habitues aux touristes, ils ne sont pas farouches pour "mendier" un peu de nourriture. Mieux vaut etre prudent car ils peuvent se montrer agressifs et voleurs. Et leurs canines d'une dizaine de centimetres ont vite fait de nous intimider. L'un d'eux en a d'ailleurs profiter pour voler la cape de pluie d'Elise et l'emporter a la cime d'un arbre. La cape ne se mange pas, elle n'est donc pas d'un grand interet. C'est pourquoi elle sera balancee par terre quelques secondes plus tard. Heureusement qu'ils n'ont pas jete leur devolu sur le sac a dos contenant appareils photos, argent et surtout passeports !
Avant de quitter la ville d'Emei, nous rencontrons Karen et Ben, un couple franco-anglais qui voyage en tandem. Nous allons tous vers Kunming, mais nos itineraires pour y arriver sont differents. Le lendemain matin, nous ne parcourons que quelques metres ensemble avant d'arriver au carrefour ou nos chemins se separent. En voyant le tandem s'eloigner a l'horizon, nous echangeons un regard a la fois hesitant et complice. Nous regrettons tous les deux de les quitter si vite. Nous tournons notre guidon dans l'autre direction et les rattrapons au bout de quelques kilometres. Nous passons toute la semaine ensemble.
Nous nous encourageons mutuellement. La route est difficle. Nous sommes dans une region tres montagneuse, avec un denivele quotidien de mille metres minimum. Pour contourner une zone interdite, nous empruntons une route peu frequentee qui se transforme rapidement en piste, ou plutot en bourbier. La boue est pateuse, gluante, collante. Elle adhere a nos velos, nos sacoches, nos chaussures. Malheureusement nos garde-boues, mal adaptes, portent trop bien leur nom. La terre s'y accroche, au point de freiner puis bloquer nos roues. L'allure n'a jamais ete aussi lente. Nous irions plus vite a pied ! Nous sommes dans un endroit paume. Enlises dans notre galere, nous n'avons pas dejeune a midi. Seuls quelques chantiers, qui preparent le terrain pour construire une vraie route, nous permettent de demander regulierement la distance qui nous separe du col, et du retour au bitume. Il ne faut pas oublier que nous sommes en Chine, et les reponses divergent ou se contredisent. L'apres midi avance, mais pas nous ! Il faudrait pourtant se sortir de la avant que la nuit tombe...
Nos petites reines ont des allures de souillons. Nous demontons les roues pour enlever les kilos de boue que l'on traine : gratter, rincer, frotter, et repartir, affames et fatigues.
Enfin, un ronronnement se fait entendre au loin. Chacun prie pour qu'il s'agisse d'un camion qui puisse nous sortir de la. Notre voeu est exhause ! Nous arretons la fourgonnette et chargeons nos velos dans la benne remplie de pierres. Nos bicyclettes n'apprecieront d'ailleurs pas tellement cette cohabitation...
Le chauffeur nous depose au village de l'autre cote de la montagne, ou nous passons la nuit avant de repartir sur une route qui elle, en est bien une.
Ce chemin est sans doute le plus eprouvant que l'on ait emprunte, mais aussi, et de loin, le plus passionant. Ces montagnes inaccessibles sont habitees de minorites ethniques. Leurs costumes traditionnels sont flamboyants, ornes de broderies, de perles et d'argent. Nous avons croise entre autres la minorite Yi, et traverse des villages proches du style tibetain.
C'est une Chine ancestrale, plurielle, authentique. Rien a voir avec la Chine d' aujourd'hui que nous rentrouvons en redescendant en ville apres avoir franchi un col a plus de 3100 metres d'altitude. Nous y retrouvons le bruit des klaxons, les neons criards, mais aussi les douches !
Karen et Ben continuent leur chemin. De notre cote, nous reprenons un rytme moins soutenu. A notre grand etonnement, la route 108, qui est pourtant un axe principal, nous offre deux jours de piste, encore... Cette fois la terre rouge est seche et poussiereuse, et nous pouvons avancer malgre le relief difficile.
Quelques jours plus tard, une soiree chez l'habitant nous donne des forces pour affronter un nouveau col le lendemain. Puis la route nous mene jusqu'a Kunming, capitale du Yunnan perchee a pres de 2000m ou nous nous reposons et demandons nos visas vietnamien. Une semaine nous separe de la frontiere, que nous avons hate de franchir.