mercredi, août 10, 2005

« LE BONHEUR N’ EST PAS UN BUT, C EST UN CHEMIN »

En quittant Irkoutsk, nous pensions arriver au Lac Baïkal le soir même. C était sans compter sur les trente kilomètres de détours inutiles pour réussir à sortir de la ville (aucune signalisation, fausses indications…) ; les erreurs de kilométrages de notre carte ; la route très montagneuse ; et une belle tempête… Nous sommes finalement arrives au lac le lendemain, après que Brieg ait bien failli se faire croquer tout cru par un gros chien de garde, alors qu’il frappait à une porte pour demander de l eau.
Au bord du lac les paysages sont beaux, et nous en avons bien profité, notamment lors d une nuit sous la tente a quelques mètres de l eau, ou lors d une journée plage et baignade en compagnie de la famille russe qui nous accueillait.

En arrivant plus à l’Est, dans la région d’ Oulan Oude, nous étions en Bouriatie, une république de la fédération russe ou les paysages et les visages ont changés : la taïga a laissé place aux grandes étendues plus arides de steppe, les habitants ont des traits plus asiatiques… comme pour nous donner un avant goût de la Mongolie toute proche, et faire grandir notre impatience…
Apres plusieurs heures d’attente et de fouille a la frontière, nous faisons nos premiers pas et nos premiers coups de pédale en Mongolie… ce pays qui a alimenté tant de fois nos rêves d’évasion.

A quelques kilomètres seulement de la frontière, nous posons notre tente près d une yourte (habitat traditionnel des nomades). En moins de deux jours nous avons un concentré de Mongolie. A peine arrivés, on nous sert un bol de ce qu ils appellent du thé, mais qui est en fait du lait caillé coupé avec de l’eau chaude… Nous goûtons également de l’airag, la boisson alcoolisée nationale, préparée à base de lait de jument fermenté.
Puis toute la famille s’amuse à nous habiller en costume traditionnel mongol pour une séance photo dont ils sont très friands. La soirée se termine en chansons autour de fromage et beurre rances !

Nous ne sommes pas au bout de nos surprises gustatives. Le lendemain, nous assistons au dépeçage d’une chèvre. Nous nous étonnons de les voir garder les moindres abats, la chair fraîche étant gardée pour être vendue. Nous aurons la chance de partager le repas familial le soir même : cœur, estomac, langue, intestin, boudin… il faut être bien accroché ! Notre première nuit en Mongolie est la plus calme qu’on ait eue depuis longtemps : enfin aucun chien, aucun coq, aucun camion pour nous réveiller au petit matin !

Le lendemain, tout à coup les femmes poussent un cri et toute la famille s’affole : le troupeau de chèvres est attaqué par une horde de chiens sauvages ! Les hommes de la famille attrapent leur fusil et partent au galop. Un des chiens est tué et les autres s’enfuient, ouf ! le troupeau est sauf.
La scène s’est déroulée en quelques minutes, sous nos yeux ébahis. Au près de la yourte, il y a toujours au moins un cheval sellé, prêt a être monté au moindre instant. Les selles sont en bois, nous ne tenons pas longtemps dessus, surtout après une journée de vélo ! Les Mongols sont des cavaliers hors pair, on dit même que c est eux qui ont inventé l’art de monter a cheval, les enfants apprennent a monter des qu’ils savent marcher et les chevaux ne semblent connaître que le triple galop !

Notre séjour en Mongolie se poursuit entre soirées autour du fourneau, nouvelles dégustations de chèvre, rencontres étonnantes, toilette et lessive dans les rivières… Le soleil est assommant, heureusement quelques gros orages viennent régulièrement nous rafraîchir en fin de journée, ce qui donne souvent de magnifiques ciels très contrastés.
Dans les magasins ils n’y a pas beaucoup de choix alors le midi nous n’ avons plus de fromage, de charcuterie, ou de fruits. Il faut maintenant se contenter du menu (exhaustif) « riz-oignons » qui était réservé aux dîners. Le pain et la confiture ici sont rares et rendent nauséeux, comme a pu l’expérimenter Elise qui a été malade pour la deuxième fois de la semaine, dur dur…

Heureusement ces passages difficiles sont vite oubliés grâce à la sympathie et la chaleur des Mongols, qui nous saluent, nous encouragent, nous offrent de l’eau en haut des côtes ! Les jeunes sont très intéressés par nos vélos, qu’ils se plaisent à essayer. En revanche, pour la première fois, on ne nous pose aucune question sur le pourquoi et le comment de notre périple, ce qui est reposant. Pour ce peuple de nomades, être sur la route est naturel. Ils bougent en fonction des saisons, des pâturages…

Nous avons d’ailleurs eu la chance d’accompagner un de ces « déménagements ». Notre dernier campement a commencé près d’une famille à une centaine de kilomètres d’Oulan Baatar. Le lendemain, ils partent pour la capitale et nous proposent de faire la route avec eux : une expérience inoubliable. Toutes leurs affaires, y compris la yourte démontée, les sacs de viande fraîche, la marmite de lait caille, et la moitie de la famille sont entasses méthodiquement sur la remorque d’un vieux camion. Nous embarquons avec nos vélos par dessus tout ça. Régulièrement, il faut se cacher sous une grosse couverture pour passer « clandestinement » les barrages de police. Nous devons bien être a 3,50 mètres de hauteur, et en arrivant dans la banlieue d’Oulan Baatar, il faut soulever les lignes électriques pour ne pas se prendre dedans ! Tard, nous arrivons à leur nouveau campement, après avoir parcouru 100 km en plus de quatre heures !
Le lendemain, nous les aidons à remonter la yourte, avant de les quitter pour séjourner dans un petit hôtel en plein cœur de la capitale. Nous profitons de notre séjour ici pour demander nos visas chinois, nous reposer, et faire le plein de bonne nourriture. Nous devrions quitter nos vélos quelques jours pour partir plus a l’Ouest vers Karakorum en bus ou en stop.