mardi, novembre 21, 2006

Nouvelles du Sahara

Le Cap Vert : ses plages, sa musique, ses montagnes... une belle destination, dont nous garderons pourtant un mauvais souvenir. Un soir, nous reperons un endroit joli et tranquille pour camper, au bord de la mer. Quelques jeunes pechent un peu plus loin dans les rochers. Nous attendons d etre seuls pour monter notre bivouac, mais seulement la tente interieure, car il fait tres chaud. Toutes nos sacoches sont restees sur les velos, car nous pouvons les voir a travers la moustiquaire. Alors que nous sommes deja endormis, un bruit reveille Brieg. Il verifie que les affaires sont toujours la, et se rendort. Mais un nouveau bruit vient troubler son repos. Et cette fois en ouvrant les yeux, il voit deux hommes penches sur les velos, bien occupes a essayer de les detacher. Nous hurlons pour faire fuir les voleurs. Les deux silhouettes s eloignent dans la nuit. Le temps de sortir de la tente pour verifier qu ils n ont rien pris, et une pluie de pierres s abat a quelques centimetres du campement. Ils ne s etaient pas vraiment enfuis, mais juste caches derriere un buisson tout pres de nous. La nuit donne l avantage a leur peau noire. Pour la premiere fois du voyage, la peur s installe dans nos ventres et tansforme nos voix. Nous ramassons rapidement nos affaires, en commencant par mettre nos papiers sur nous. Au bout d une vingtaine de longues minutes, les cailloux cessent enfin de tomber, nous n avons plus qu a replier la moustiquaire, et a regagner la route en esperant que cette fois, nos voleurs sont bien partis. Nous pedalons dans l obscurite jusqu au prochain village ou nous trouvons une maison accueillante pour passer la nuit en securite, avec toutefois un peu de mal a retrouver le sommeil...

Quelques jours plus tard nous aterrissons sur le sol africain. Le Senegal nous offre toutes les images de l Afrique noire : les femmes elancees qui portent tout sur la tete, les hommes en boubou, les enfants et leurs grigris autour de la taille...les tissus colores, les baobabs, la chaleur...

La chaleur est d autant plus difficile a supporter qu elle ne diminue pas la nuit. Nous declinons meme plusieurs fois l offre de dormir dans la maison de nos hotes, et nous installons dehors, a la recherche du moindre brin d air. A deux reprises, nous sommes accueillis par des Peulhs (ethnie minoritaire). Ce peuple est d une hospitalite et d une gaiete incroyables. Certaines femmes de ces tribus se tatouent le menton et la levre inferieure en noir. Les hommes eux ont les gencives tatouees. Un des premiers soirs en Mauritanie, nous nous arretons dans un village de cases, et c est a ces tatouages que nous reconnaissons qu il s agit de Peulhs, ce que la chaleur de leur accueil viendra confirmer. Les femmes nous demandent de les photographier, et toute la famille pose devant notre objectif.

La Mauritanie deploie l immensite du desert devant nos roues. Nous observons un beau specimen de scorpion, et le soir les gerbilles viennent grignoter nos miettes. Autour des trois tasses de the rituelles, nous discutons avec les bedouins sous leurs grandes tentes carrees. C est avec Alain (le pere de Brieg), Jeanne-Marie et leurs amis venus nous rejoindre a Atar que nous decouvrons les plus belles images. Nous visitons avec eux la belle region de l Adrar, ses phenomenes geologiques, ses gravures rupestres prehistoriques, et les dunes a perte de vue. Au bout d une semaine de retrouvailles, decouvertes et bonne cuisine, nous les quittons pour reprendre nos velos. Apres avoir hesite devant les differents avis, nous decidons d entreprendre la piste Atar-Choum a velo. Les premliers kilometres roulent bien mais le sable et le poids de nos reserves d eau (26 L) rendent vite les choses plus difficiles. Nous avancons quand meme, mais le lendemain la piste ne s ameliore guere. Pour couronner le tout, un vent de sable se leve en fin de matinee. Le sable nous fouette les jambes et reduit dangereusement la visibilite. Nous decidons de faire demi-tour jusqu a des huttes que nous avons depasse un peu plus tot. Dans cette region il vaut mieux etre prudents, nous ne remporterions pas une partie contre le desert. Au bout d une heure nous approchons des habitations quand une voiture arrive. Nous lui faissons signe de s arreter et elle nous emmene jusqu a Choum, a une cinquantaine de kilometres.

La, nous attendons le plus long train de marchandise du monde. Quand ses 200 wagons s arretent en gare, nous n avons que quelques minutes pour grimper sur le chargement de minerais. Une fois tout notre bardas installe, nous nous emmitouflons pour nous proteger de la poussiere. Apres 13 heures de trajet sous les etoiles, nous arrivons a Nouadhibou, sur la cote, avec une allure de ramoneurs.

Le Maroc est a present tout proche. Nous y entrerons ces jours-ci et remonterons le Sahara Occidental en camion pour eviter une portion ennuyeuse et balayee par un vent contraire. Nous remonterons sur nos bicyclettes a TanTan pour decouvrir le Maroc et assister a la fete du mouton en fin d annee.