dimanche, janvier 15, 2006

Au bout du continent eurasien

Après l'arrêt forcé d'une semaine à Hanoi, le "mini-palu" de Brieg n'est plus qu'un mauvais souvenir, et nous repartons de plus belle, cap sur le Laos.
Nouvelle frontière, nouvelles appréhensions, nouvelles négociations.
Les douaniers nous réclament un dollar pour avoir estampillé nos passeports, prétextant qu'ils sont dans leur droit :
"- C'est le règlement.
- Pouvons-nous voir le règlement ?
- Il est avec le chef.
- Pouvons-nous voir le chef ?
- Il est chez lui, avec le règlement.
- ???!
- Ca fait un dollar chacun.
- Pas de règlement, pas de dollars !"

Commence alors un tête-à-tête silencieux. Chaque partie attend que l'autre baisse les armes. Mais il est tôt, nous avons tout notre temps ; nous sommes fermement décidés à ne pas céder à ce backshish, aussi petit soit-il. Notre détermination l'emporte calmement. Au bout d'un moment, le douanier se résoud à nous rendre nos passeports :
"- Elise, Brieg, pour vous, c'est gratuit."

Dehors, un spetacle nous soulève le coeur. Des centaines de chiens sont chargés dans des camions. Ils attendent d'être emmenés au Vietnam, où ils feront la joie de gourmets. Entassés dans des cages trop petites, ils semblent savoir ce qui les attend, nous implorent du regard et hurlent à la mort.
Nous nous empressons donc de quitter cet endroit triste, et savourons le Laos comme un havre de paix. Nous y oublions le traffic, les klaxons, et retrouvons de grands espaces. Nous emprûntons une longue piste caillouteuse en faisant étape chez l'habitant, dans un petit village composé de cases. Elles ne sont pas alimentées en électricité, et nous passons une agréable soirée à la lueur de la bougie. Nous découvrons le "sticky rice", un riz si collant qu'on le mange avec les mains, en faisant de petites boules que l'on trempe ensuite dans du piment ou dans une sauce au lait de coco.
Le lendemain nous rencontrons un Français sur le bord de la piste. Ingénieur E.D.F., il travaille sur le barrage qui est en construction à quelques kilomètres de là. Il nous apprend que le village où nous avons dormi n'existera bientôt plus, car d'ici deux ou trois ans, il sera noyé sous les eaux !
Nous découvrons ensuite de beaux paysages surmontés de grands pics karstiques, qui nous rappellent la baie d'Halong... mais sans la mer.

A Savannakhet, nous sommes acceuillis par Philippe, en mission pour Médecins Sans Frontières. Plus loin, nous posons la tente sur une paillasse au bord d'une nouvelle piste. Nous sommes encore une fois à la Une de l'actualité du village, et serons entourés toute la soirée. Au Sud, nous profitons des chutes de Tad Lo dans lesquelles nous nous baignons. Brieg trouve un tube artificiel en se glissant derrière le mur d'eau. Il ne lui manque plus que sa planche de surf !
Nous grimpons sur le plateau des Bolavens, où les colons français ont introduit les plantations de café. Arabica et robusta de cette région figurent parmi les plus rafinés du monde. Grâce à l'altitude (1200 m), nous retrouvons un peu de fraicheur et ressortons même nos bonnets en soirée. Après la ville de Pakse, nous entrons en Thaïlande, pays le plus développé d'Asie. Nous rallions Bangkok en train afin d'être à l'heure au rendez-vous fixé avec nos parents. En attendant leur arrivée, nous sommes acceuillis chaleureusement chez Betty et Christophe, expatriés français, avec qui nous réveillonons de bon coeur (Merci Père Noël ! ).
Ayant franchi la barre des 10 000 kilomètres, nous profitons de deux semaines de "vacances" en compagnie de nos parents avec qui nous visitons le pays.
Nous nous envolons demain 16 janvier pour le pays des Kiwis : la Nouvelle-Zélande ! Les prochaines nouvelles vous seront donc envoyées depuis les antipodes !